La visée

La visée en tir instinctif est un sujet en apparence paradoxal et très souvent polémique. La notion d'instinct nous ramène à l'intuition, à l'action spontanée, à la disposition naturelle. Viser, c’est fixer son regard sur une cible en dirigeant vers celle-ci un projectile, c’est chercher à atteindre un objectif ou une cible. MAIS, dans de nombreuses activités, et je cite volontiers la conduite et la pétanque en exemple, nous sommes obligés de viser malgré l'absence d'accessoire: que ce soit pour atteindre le cochonnet pour faire un "carreau" avec nos boules ou pour amorcer harmonieusement un virage difficile avec notre véhicule, etc.... Le basket est aussi un magnifique exemple.

Et pour tirer à l'arc:

L'absence de viseur sur l'arc, et donc l'impossibilité d'aligner deux points (oeilleton du viseur et centre de la cible pour les classiques et poulies, oeil et pointe de flèche pour les barebows qui ont des repères précis sur la corde en fonction des distances), nous demande donc de viser autrement.

C'est la conjonction de la vision nette du centre de notre cible et de la vision périphérique floue de notre main d'arc dans l'espace qui va nous permettre d'ajuster notre tir.

Dès que notre posture et nos placements sont en place, nous plongeons notre regard dans le centre de notre cible qui sera en vision nette et à partir de là , nous ne quittons plus des yeux ce centre.

Mon ami Bertrand Dumont, les yeux rivés sur sa cible

Nous armons l'arc avec le pousser-tirer et notre main d'arc (et notre pointe car elle dépasse normalement tout juste au front d'arc) part vers l'avant et monte vers la cible puis va s'arrêter à un certain endroit de l'espace. Notre main d'arc saura où s'arrêter dans l'espace de plus en plus précisément et de plus en plus rapidement car nous allons éduquer l'instinct qui nous fait arrêter sa course. Nous allons engranger par l'entrainement, par la répétition, la variation des situations de tir (devers, courtes et longues distances, lumière ou ombre, obstacles, etc..) une sorte de catalogue de sensations sans cesse enrichi.

 

Attention: on ne vise absolument pas "en pointe de flèche" !!! On ne REGARDE jamais sa pointe et sa main mais on les VOIT en flou dans notre champ visuel. Il ne doit y avoir aucun va et vient du regard entre notre main et notre cible et notre regard doit rester accroché au centre de la cible: toute déviation des yeux est accompagnée d'une déviation de la main d'arc de façon imperceptible. Il ne faut pas perturber ce lien créé avant l'armement entre nos yeux et le centre de notre cible.

Il ne s'agit en aucun cas de constituer une sorte "d'échelle graduée" des écarts entre notre main et notre cible qui serait reproductible à telle ou telle distance. Nous restons dans une dynamique instinctive.

Au début, la prise de conscience de l'importance de la position de la main d'arc dans le "spectacle" qui s'offre à nos yeux et au centre duquel se trouve la cible, développée à travers des exercices un peu "artificiels", parait difficile à certaines ou certains. Surtout à courte distance. Mais l'éloignement va rendre cette prise de conscience INDISPENSABLE.

Je vous renvoie au paragraphe suivant sur le POINT IMAGINAIRE.